Mark Gurman a lâché l’info le 28 juillet. Apple, longtemps à la traîne sur la maison connectée, prépare une offensive complète construite autour de Siri AI.
Apple TV 4K et HomePod mini à l’automne, hub domotique entre octobre et début 2027.
Tout le monde a lu ça comme un réveil tardif. C’est vrai, et c’est l’histoire ennuyeuse.
L’autre histoire, celle qui te concerne si tu vis en France, c’est que ces appareils pourraient bien être le seul endroit où tu auras le droit d’utiliser le nouveau Siri.
Sommaire
Trois appareils et un seul argument
Le hub aura un écran de 7 pouces et un logiciel dérivé de tvOS, avec une interface qui emprunte à l’iPhone et à l’Apple Watch. Deux variantes matérielles sont prévues, une posée sur une base en demi-dôme, une conçue pour la fixation murale.
Caméra intégrée, FaceTime, intercom, contrôle des accessoires. L’Apple TV et le HomePod mini passent à une puce capable de faire tourner Apple Intelligence.
Le détail qui compte est ailleurs. Ce matériel était fini depuis longtemps. Le développement du hub a démarré en 2024, et le calendrier a glissé du printemps 2025 à l’automne 2025, puis au printemps 2026, avant d’atterrir sur la fenêtre actuelle. Rien de tout ça n’a été retardé par une usine.
Ce qui bloquait, c’était Siri. C’est d’ailleurs le même mécanisme que celui décrit quand Apple a sacrifié trois puces pour gagner six mois. Le calendrier matériel se plie au calendrier logiciel, plus l’inverse.
Apple a gelé une gamme entière pour un logiciel qu’elle loue
Encaisse la portée de la décision. Apple avait quatre produits prêts dans ses tiroirs et elle a choisi de ne rien sortir pendant plus d’un an, parce qu’une couche logicielle n’était pas au niveau. C’est une discipline que peu d’entreprises peuvent se payer.
Sauf que cette couche logicielle, Apple ne la fabrique pas. Elle loue à Google un modèle Gemini sur mesure d’environ 1 200 milliards de paramètres, pour un montant rapporté d’à peu près un milliard de dollars par an. Le grand retour d’Apple dans ton salon fonctionne avec un cerveau Google. Le détail était déjà dans le récap de la WWDC 2026, il prend une autre saveur appliqué à la maison.
Pendant ce temps, le HomePod mini n’a pas bougé depuis octobre 2020. Il tourne encore sur une puce S5, héritée de l’Apple Watch Series 5.
J’avais testé le HomePod original en 2018, et huit ans plus tard la gamme audio d’Apple en est presque au même point. Google, lui, n’a demandé à personne d’acheter quoi que ce soit. Gemini for Home se déploie en France sur les Nest existants. Une mise à jour d’un côté, un ticket de caisse de l’autre.
Apple arrive en retard, en payant un concurrent, et en te demandant de racheter du matériel. Ça ne veut pas dire qu’elle a tort. Ça veut dire que le produit a intérêt à être excellent. Et que John Ternus, qui prend les rênes le 1er septembre, hérite d’un dossier qui se jugera dès son premier trimestre.
Le DMA a interdit Siri AI sur iPhone, pas sur l’Apple TV
Là, ça devient intéressant.
En juin, Apple a publié une note qui a fait grincer tout le monde. J’avais détaillé exactement ce qui s’était passé à ce moment-là. Craig Federighi y résume la position de la firme en une phrase.
Nous sommes profondément déçus que nos utilisateurs européens n’aient pas Siri AI sur iPhone ou iPad.
Le motif invoqué est le DMA, et Apple précise n’avoir aucun calendrier pour la disponibilité de Siri AI en Europe sur iOS et iPadOS. Les fonctions restent en revanche disponibles sur macOS 27 et visionOS 27. L’Apple Watch, elle, est exclue parce qu’elle dépend d’un iPhone compatible.
Maintenant, regarde la liste officielle des services désignés. La Commission a désigné Apple gatekeeper pour iOS, l’App Store et Safari le 5 septembre 2023, puis pour iPadOS le 29 avril 2024. Apple le documente elle-même sur sa page légale européenne.
tvOS n’y est pas. macOS non plus, ce qui explique d’ailleurs pourquoi le Mac est épargné. Cafétech l’écrivait noir sur blanc dès le 10 juin, l’obligation d’interopérabilité ne concerne qu’iOS et iPadOS. La brique juridique était posée. Personne n’en a tiré la conséquence côté maison connectée.
Et l’obligation qu’Apple invoque pour justifier le blocage, l’article 6.7 du DMA, vise le système d’exploitation ou l’assistant vocal listés dans la décision de désignation. Pas les autres. Le code de la deuxième beta de tvOS 27 contient déjà des références à Siri AI, repérées par Macworld.
Conséquence mécanique. Ton iPhone 18 à plus de mille euros aura un Siri hérité de 2011. Le HomePod mini posé dans ta cuisine, lui, aura le nouveau.
L’objection, et pourquoi elle ne tient pas
Quelqu’un va sortir l’arrêt du 8 juillet. Le Tribunal de l’UE y a confirmé que les variantes de l’App Store pour iPhone, iPad, Apple Watch, Mac et Apple TV constituent un seul et même service de plateforme essentiel. Donc l’App Store de l’Apple TV est bien sous DMA, donc l’Apple TV aussi, CQFD.
Non. La désignation vise l’App Store en tant que place de marché entre développeurs et utilisateurs. C’est précisément le raisonnement du Tribunal, qui a jugé que ces magasins servent tous le même but. L’obligation d’interopérabilité, elle, s’accroche au système d’exploitation désigné. tvOS n’est pas un magasin d’applications.
Reste un vrai risque. La Commission peut désigner un nouveau service quand les seuils sont franchis, à partir de 45 millions d’utilisateurs mensuels dans l’UE. tvOS en est très loin. La brèche tient. Elle n’est pas gravée dans le marbre.
Ce que ça dit vraiment du DMA
Même assistant. Même modèle Gemini. Mêmes données personnelles. Jugé trop dangereux dans ta poche, parfaitement acceptable sur une boîte posée sous ta télé.
La différence entre les deux appareils n’a rien à voir avec le risque réel pour ta vie privée. Elle tient à une liste administrative établie en 2023, à une époque où le produit dont on parle n’existait pas encore.
Une régulation qui produit ce résultat n’ouvre pas le marché des assistants vocaux. Elle dessine une carte, et la carte est arbitraire.
Bruxelles a une réponse à tout ça, et il faut la prendre au sérieux.
Thomas Regnier, porte-parole de la Commission pour les questions numériques, l’a dit en conférence de presse. Une décision d’Apple, et d’Apple uniquement. Rien dans le DMA n’interdit à Apple de lancer de nouveaux produits en Europe. Il a ajouté qu’Apple avait demandé une exemption de dix-huit mois à ses obligations d’interopérabilité au lieu de proposer une solution conforme. La Commission a refusé, en rappelant que la loi européenne ne se négocie pas.
Sur la lettre, Regnier a raison. Le DMA n’interdit rien.
Il fixe un prix.
Ce prix, c’est l’ouverture immédiate des mêmes accès système à n’importe quel assistant concurrent, le jour du lancement. Apple a regardé la facture et a décidé de ne pas payer. Je penche de son côté sur ce point, comme je l’expliquais en croisant ce dossier avec Chat Control, mais ça n’a aucune importance ici.
Parce que l’asymétrie tient quelle que soit la réponse.
Que le blocage vienne d’un calcul d’Apple ou d’une exigence de Bruxelles, le résultat est le même. Le nouveau Siri est indisponible sur ton iPhone et disponible sur ton Apple TV. Et cette frontière ne repose sur aucun raisonnement de sécurité. Un assistant qui lit ton contexte personnel dans ton salon n’est pas moins sensible que le même assistant dans ta poche.
La ligne de partage ne protège personne. Elle recopie une liste établie en 2023.
Le plus savoureux est ailleurs. Le DMA voulait empêcher Apple de verrouiller son assistant. Résultat concret pour un utilisateur français en septembre, s’il veut toucher au nouveau Siri, il devra acheter du matériel Apple. Bruxelles vient d’offrir à Cupertino un argument commercial que personne n’avait prévu. Il fallait le faire.
Ce qu’il reste à vérifier
Sois clair sur ce que je sais et ce que je déduis.
Apple n’a jamais confirmé publiquement que Siri AI arriverait sur Apple TV et HomePod dans l’Union. Sa note ne parle que d’iOS et d’iPadOS. Le silence sur tvOS n’est pas une confirmation, c’est un silence.
Je ne testerai pas tvOS 27 en bêta.
Mon Apple TV tourne tous les jours, pour toute la famille, et je ne mets pas une bêta sur un appareil que trois personnes utilisent sans me demander leur avis. Un article ne vaut pas ça.
Ce que j’ai sous la main, ce sont un iPhone, un iPad et un Mac en bêta 27. Et c’est déjà instructif, mais pas pour la raison que je croyais.
Sur ma machine, à la date où j’écris, le nouveau Siri n’apparaît pas, alors que macOS est justement l’OS où Apple dit le livrer en Europe. J’y ai d’abord vu un effet de la langue, puisque l’assistant démarre en anglais et que mon Mac est en français. L’explication est probablement ailleurs, et elle vaut le détour si tu es dans le même cas que moi.
Mon MacBook Air tourne sur une puce M2. macOS 27 pose bien un seuil matériel, mais tout est dans ce qu’il verrouille exactement. Le M3 avec au moins 12 Go de mémoire unifiée ne conditionne que le modèle embarqué le plus avancé, celui qui sert à deux réglages et deux seulement, l’expressivité de la voix et la dictée système améliorée. Un M1 ou un M2 passe dessous pour ces deux-là, quelle que soit sa mémoire, parce que la barre est calée sur la puce. Rien d’autre ne dépend de ce seuil.
Et c’est là que je peux lever ce que je laissais en suspens. Au moment où j’écrivais, les sources se contredisaient, certaines juraient que le Siri repensé tout entier passait derrière le M3. Depuis, ça s’est décanté, et c’est l’autre lecture qui tient. Siri AI de base tourne sur n’importe quel Mac déjà compatible Apple Intelligence, donc M1 et plus récent. Si tu as un Mac Apple Silicon d’avant 2023, tu auras le nouveau Siri. Ce sont juste ces deux options fines qui te passeront sous le nez. Et mon écran vide sur le M2 ne prouve rien sur la puce. C’est la langue, l’assistant démarre en anglais, ou la vague de déploiement qui ne m’a pas encore atteint. Je le dis clairement, comme promis.
Donc je ne conclus rien de mon cas personnel. Ce qui reste solide, c’est la carte. Sur iPhone et sur iPad, la porte est fermée par le DMA. Ailleurs, elle est ouverte, et ce qui décide si tu passes n’a plus rien à voir avec le droit européen.
Et ça pose une limite honnête à ma propre démonstration. Si le hub arrive dans les salons avec un Siri AI anglophone, la porte du salon sera juridiquement ouverte et pratiquement fermée. Le DMA n’aura plus rien à voir là-dedans. Ce sera juste Apple qui prend son temps sur le français, comme elle l’a toujours fait.
Retiens surtout ceci. Même dans le scénario le plus favorable, ce que l’Européen obtient en septembre reste conditionnel. Bon OS, bonne langue, bon appareil, bonne vague de déploiement. Pendant qu’ailleurs, on allume le téléphone et ça marche.
Le vrai juge de paix arrive à la rentrée. Si Siri AI répond sur un Mac français et reste muet sur un iPhone français, avec le même compte et le même réseau, la démonstration sera faite. Je publierai les captures si mon matériel me le permet, et je le dirai clairement si ma puce me met sur la touche.
Verdict
Si ça se confirme, l’offensive maison d’Apple devient autre chose qu’un rattrapage. Elle devient la seule porte d’entrée du nouveau Siri en Europe.
J’écrivais en mai que j’attendais Siri comme je n’avais jamais attendu un iPhone. Je ne pensais pas que la réponse arriverait par une boîte posée sous la télé.
Apple vend du matériel. Son assistant est loué à Google. Et Bruxelles vient de faire de l’achat de ce matériel le seul moyen pour un Français de lui parler.
Personne n’avait écrit ce scénario. Surtout pas ceux qui ont rédigé le texte.
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