📝 Précision importante : seul Siri AI sur iOS et iPadOS est bloqué en Europe. Toutes les autres fonctionnalités Apple Intelligence (Writing Tools, Image Playground, Visual Intelligence hors Siri, etc.) arrivent bien dans l’UE et en français au lancement d’iOS 27. Cet article traite spécifiquement du blocage de Siri AI.

Bruxelles vient de priver 450 millions d’Européens de la fonctionnalité principale d’iOS 27. Pas Apple. Bruxelles. Et hier soir, Apple a publié un communiqué officiel qui explique tout, et c’est bien plus grave que ce que les médias vont te raconter.

Le DMA, c’est quoi exactement ?

Le Digital Markets Act ( DMA en abrégé) est un règlement européen entré en vigueur en 2022 et applicable depuis mars 2024. Son objectif affiché : limiter le pouvoir des « gatekeepers », ces grandes plateformes numériques qui contrôlent l’accès au marché. Apple, Google, Meta, Microsoft sont dans le viseur.

Concrètement, le DMA oblige Apple à ouvrir ses plateformes à la concurrence. Sur iOS, ça a déjà donné : le sideloading d’apps en Europe, des navigateurs alternatifs comme moteur par défaut, la possibilité pour des boutiques d’apps tierces d’exister. Résultats : des failles de sécurité inédites, des utilisateurs exposés à des apps non vérifiées, et une expérience iOS fragmentée que le reste du monde n’a pas.

Ce soir, le DMA frappe beaucoup plus fort.

Ce que l’UE exige, et pourquoi c’est problématique

La Commission européenne interprète le DMA de la façon suivante : si Apple déploie Siri AI sur iOS, tout assistant virtuel concurrent doit obtenir exactement les mêmes accès que Siri AI sur l’appareil de l’utilisateur.

Concrètement, ça veut dire qu’une app d’assistant IA tierce, n’importe laquelle, développée par n’importe qui, pourrait obtenir le droit de :

  • Lire et envoyer tes messages
  • Effectuer des achats en ton nom
  • Accéder à tous tes fichiers
  • Agir dans n’importe quelle application installée

Sans que tu puisses surveiller ou contrôler ce qui se passe en temps réel.

Ce n’est pas de la théorie. Des chercheurs en sécurité ont déjà démontré comment des systèmes d’IA peuvent être détournés, via des techniques d’injection de prompt, pour voler des mots de passe, des photos, modifier des fichiers sans le consentement de l’utilisateur. Apple le dit explicitement dans son communiqué officiel publié ce soir.

La solution qu’Apple avait proposée

Apple n’est pas arrivée les mains vides. La société a conçu une solution technique spécifiquement pour répondre aux exigences du DMA tout en protégeant les utilisateurs : le Trusted System Agent.

Le principe est simple et élégant. Au lieu de donner un accès direct et illimité au système à tous les assistants IA, le Trusted System Agent joue le rôle d’intermédiaire sécurisé. Un assistant tiers, Google Assistant, ChatGPT, peu importe, peut accéder aux mêmes fonctionnalités que Siri AI, mais en passant par cette couche de sécurité qui contrôle ce qui se passe, protège les données et garde l’utilisateur informé.

Apple avait même proposé un déploiement progressif sur 18 mois pour laisser le temps à tout l’écosystème de s’adapter.

La Commission européenne a dit non. À tout. Pas de contre-proposition. Pas d’alternative suggérée. Pas de négociation constructive. Non.

Ce que ça donne en pratique pour toi

Quand iOS 27 sortira en automne 2026, voilà ce que tu n’auras pas sur ton iPhone ou iPad si tu vis en France, ou dans n’importe lequel des 27 États membres de l’UE :

  • La nouvelle application Siri dédiée avec historique des conversations
  • L’expérience Visual Intelligence étendue dans l’app Appareil photo
  • Le mode Siri dans l’app Appareil photo
  • Les commandes chaînées multi-étapes
  • L’on-screen awareness — Siri qui voit et comprend ce qui est affiché

Et ce n’est pas tout : les développeurs européens ne pourront pas non plus tester ni intégrer ces fonctionnalités dans leurs apps iOS et iPadOS. Autrement dit, même si la situation se débloque un jour, les apps FR arriveront en retard sur l’intégration Siri AI par rapport aux apps américaines.

La cerise sur le gâteau : Siri AI sera bien disponible en Europe sur macOS 27, watchOS 27 et visionOS 27. Uniquement iOS et iPadOS sont bloqués, les deux plateformes les plus utilisées par les 450 millions d’Européens concernés.

Testé hier soir, en direct

J’ai basculé un iPhone de test sur un compte Apple américain juste après la keynote pour voir la différence concrète. Avec un compte US, on accède à une page de présentation de Siri AI et un bouton « Rejoindre la liste d’attente », même aux États-Unis, le déploiement se fait progressivement. Dans les réglages Siri, la mention « New Siri, Sur liste d’attente » confirme que c’est bien en beta ouverte.

Avec un compte français ? Rien. Même la liste d’attente est inaccessible. Pas de page de présentation, pas de bouton, pas d’option. Zéro.

Deux niveaux de citoyens tech, documentés en temps réel.

Ce que ça dit vraiment de la politique tech européenne

Soyons honnêtes. Le DMA avait un objectif légitime : empêcher quelques grandes plateformes d’étouffer la concurrence. On peut adhérer à cet objectif.

Mais le résultat concret, c’est que la Commission européenne a rejeté une solution technique qui aurait permis à la fois la concurrence ET la sécurité des utilisateurs, au nom d’une interprétation du texte qui n’admet aucun compromis. Apple avait bâti un pont. Bruxelles a refusé de le traverser.

Federighi lui-même est sorti de sa réserve habituelle : « compte tenu de leur refus de s’engager de manière constructive dans la recherche de solutions préservant la vie privée et la sécurité, nous ne disposons actuellement d’aucune date de disponibilité. »

Pas de date. Pas de perspective. L’impasse totale.

Pendant ce temps, les utilisateurs américains ont accès à Siri AI. Les Européens paient leurs iPhones au même prix. Ils financent les mêmes abonnements iCloud. Et ils reçoivent un produit tronqué. C’est ça, le bilan concret de cinq ans de politique tech européenne.

Ce qu’Apple dit en off à la presse européenne

Apple ne se contente pas d’un communiqué. À Cupertino pendant la WWDC, Greg Joswiak, vice-président marketing d’Apple, a tenu des sessions spécifiques avec la presse européenne pour expliquer sa position. Le ton est offensif, délibérément. Apple veut faire bouger le règlement européen, et cette communication agressive en est l’outil.

Joswiak a détaillé pourquoi le blocage est technique, pas politique. Siri AI construit un index sémantique de toutes tes communications et de tes données personnelles pour fonctionner. C’est ce qui lui permet de retrouver une information dans tes messages, tes fichiers, tes apps. Ouvrir cet accès à des assistants tiers sans garde-fou reviendrait à donner à n’importe quelle app le droit de lire tous tes messages, éditer tes fichiers, supprimer tes photos, agir dans tes applications, sans que tu le saches. La formule de Joswiak est claire : « On nous demande de mener une expérience sur des dizaines de millions d’utilisateurs. »

Autre révélation significative : aucun ingénieur Apple ne travaille actuellement à une solution pour l’Europe. Pas de plan B en cours, pas d’équipe dédiée. L’impasse n’est pas un retard, c’est une absence totale de perspective technique tant que la Commission n’évolue pas.

Apple n’est d’ailleurs pas seul dans cette situation. Google fait face au même problème avec Gemini sur Android en Europe, la Commission veut imposer les mêmes contraintes d’ouverture aux concurrents de l’assistant Google. Deux des plus grandes entreprises tech mondiales, bloquées par la même interprétation du même règlement.

Une nuance importante à garder en tête : pour l’instant, nous n’avons entendu que la version d’Apple. La Commission européenne n’a pas encore répondu publiquement. Les arguments de Bruxelles pourraient être plus nuancés que ce que Apple nous présente, même si le résultat concret, lui, ne l’est pas : Siri AI absent d’Europe au lancement, sans date de retour.

Et maintenant ?

Apple dit qu’elle continue de « dialoguer avec les organismes de réglementation européens ». Mais sans date, sans plan concret, sans signal que Bruxelles est prêt à bouger d’un millimètre, ces mots sonnent creux.

La vraie question, c’est : combien de temps les utilisateurs européens vont-ils accepter d’être les grands perdants de cette guerre de régulation ?

À un moment, le coût politique de priver 450 millions de personnes des fonctionnalités pour lesquelles elles paient devient visible. Ce moment, c’est peut-être ce soir.

🔄 Mise à jour, 9 juin 2026, 14h ( source: MacGeneration )

La Commission européenne a réagi via son porte-parole Thomas Regnier.

La version de Bruxelles est sensiblement différente de celle d’Apple : pour la Commission, rien dans le DMA n’interdit à Apple de lancer Siri AI en Europe.

C’est Apple qui choisit de ne pas le faire.

Sur le Trusted System Agent, Bruxelles ne voit pas une solution technique mais une demande d’exemption de 18 mois, soit un monopole de fait accordé à Siri AI sans laisser la moindre chance aux assistants concurrents de se développer sur iPhone.

Regnier est lapidaire : la législation européenne n’est pas négociable.

Le bras de fer est donc bien entre les deux camps, pas uniquement du côté de Bruxelles comme Apple le laisse entendre.

voici le lien vers la publication d’Apple

Laisser un commentaire

Trending

En savoir plus sur C'est pour ma pomme

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture